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WE GOT MONKEYS Five years of moshi moshi records (Moshi-Moshi/La
Baleine) |
La
rhétorique entre singe et humain a cela d’intéressante qu’elle
offre des angles de comparaisons entre ce qui nous définit comme
humain et ce qui fait de nous des animaux.
La pochette à beau être ornée de macaques perdus dans des considérations
bassement alimentaires, c’est pourtant bien à 12 projets éminemment
humains, "couronnées d’humanité" que nous devons ici faire face.
Une transversalité admirable entre des genres pourtant difficiles
à marier, où prédomine l’extase de la belle mélodie et du son ovale,
la rotondité, une multiplicité d’approches, où chacun sait pourtant
rester maître de son intégrité et du genre abordé. On pense irrémédiablement,
dans cette souplesse d’esprit et dans cette veine au label de Stewart,
le merveilleux 555 ou à Fat Cat. Cette idée de mélange, d’interdisciplinarité
a pourtant la généreuse intelligence de préserver l’intégrité des
styles ; une garantie qui laisse un esprit brûlant de liberté aux
intervenants. Des signatures encore discrètes dans le paysage international
qui ont pourtant la belle allure des Grands. Le génial Noonday Underground
(Qu’on retrouve sur son album avec Peter Weller de Feu les Jams),
Matt Harding, Unsound, J Xaverre, Junkboy…. pop vitaminée, folk
névralgique, rock furieux, électronique datée, lo-fi intime ect…
Une compilation à la périphérie du livre de Will SELF "Les
grands singes". A nous de savoir considérer si oui ou non,
selon l’allégorie sous-tendue par cette compilation, nous ne sommes
qu’à l’orée de notre évolution musicale, ou si nous en sommes au
firmament. Dans le cas présent, c’est bien de Zénith qu’il est question.
Excellent !!
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RAINIER LERICOLAIS Yriex ep (Optical
Sound/ FRAC LIMOUSIN) |
Dans
une époque où l’originalité et le libertinage lexical n’ont pas
d’équivalent; il paraît presque improbable de trouver un musicien
dont le ( vrai ) patronyme a tous les atours de la fantaisie et
de l’imaginaire. De la forme au fond, il n’y a qu’un pas…
Rainier Lericolais à la noblesse d’âme des grands explorateurs passés,
de Vasco de Gama à Christophe Colomb, cette même soif de découverte.
Le prosélytisme en moins, peut-être. Car Rainier Lericolais est
un nomade du son et de l’expérimentation : croisant les pratiques,
initiant les modes, sa musique a le charme du nouveau monde tout
en conservant la saveur d’antan. Elle fait autant appel à l’intellect
qu’au domaine charnel. La raison et l’émotion rassemblées, en quelque
sorte.
Sans y faire directement référence (quoi que), ce disque se découvre
une âme sœur avec la perception personnelle de l’Autrichien Christian
Fennesz. Une manière sensible d’interpréter son environnement et
de ré échantillonner ses acquis. Une culture qui ici met en relief
un récent voyage au japon, ayant servi dans la foulée de support
à une exposition au FRAC de Yriex. Car avant d’être musicien, le
jeune homme est plasticien et photographe. Mais la distinction est
formelle puisque sa démarche artistique est similaire ; phonèmes
et pixels vus comme matière brute au récit d’histoires, de contes
modernes. Une exposition dont le prétexte musical est cet album,
qui l’a également amené à photographier Christian Fennesz. On retrouve
également sur ce disque son vieil acolyte et partenaire de glisse
David Sanson qui pousse ici la chansonnette aux côtés de lili kim
et d’autres prestataires talentueux de service. Un album original
et sensible, prompt à établir une certaine anarchie dans nos sensations
tout en apaisant le caractère profond de notre être. Très intéressant.
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GRASSKIRT Hey, music lovers (Music
for dreams/La Baleine) |
On serait tenté de déceler dans cet album un certain appel
à l’enfance, une dimension antérieure, proche de la naissance,
une relative propension à nous faire migrer vers des climats imaginaires
ou oniriques ; Sans doute les petites illustrations enfantines de
la pochette (des gribouillis et autres raturages de facture naïve)
le découpage des morceaux en secondes, et le prolongement vers le
label (Music for dreams) participent de cet élan.
La réalité est tout autre, Grasskirt épanche une musique chaude
et feutrée, dans une lignée proche de l’écurie Catskill, bribes
de mélodie rock, de sonorités trip-hop, de gimmick dans l’air du
temps (bossa, tango, musique tzigane) de gammes pop et d’arômes
easy listening. De la musique de salon, Lounge et cosy, world culture
de poche, prétexte à l’attente de l’hiver. Une synthèse de l’année
passée.
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ANABEL’S POPPY DAYS Small song for small people (autoprod/www.musicast.fr) |
Les
10 arguments qui doivent vous convaincre d’écouter ce petit disque :
1. Parce qu’un joli titre est toujours une promesse d’intelligence.
2. Parce que Dragibus ne peut pas sortir plus d’un album par an.
3. Parce que certains jours, on aimerait rester enfant.
4. La spontanéité, la sincérité et la curiosité sont des états d’âme
à cultiver
5. Parce que 5 petits euros valent bien 45 petites plages.
6. Parce qu’il faut soutenir les productions indépendantes.
7. Parce que quelqu’un qui fouille à ce point les possibilités d’un
4 pistes c’est exaltant.
8. Parce que V/VM n’a pas pensé à sortir un disque sur l’enfance
9. Ça fait combien d’année que vous n’avez pas lèché du Tang
dans votre paume en écoutant des 45 T en accéléré ?
10. son mèl
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FABRIQUE DE COULEURS Imite moi (Dorodine)
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La
petite usine à Gamme Chromatique continue sa production étagée de
colorants, osant avec toujours davantage de panache mélanges, miscellanées
et autres mixions de bruits translucides et de perturbations hertziennes.
Si sa petite entreprise ne connaît pas la crise, c’est qu’il a su
à chaque période se remettre en question, devancer ses envies, anticiper
nos attentes. Chaque nouvelle avancée de Fabrique de couleurs est
l’occasion d’une étape franchie ; la dernière en date prend la forme
d’une micro structure à visée culturelle et mélomane, Dorodine –
néologisme ou invention emprunte d’anarchisme et de lutte des classes-,
label à même de répondre à la soif de production/création de son
instigateur, Emmanuel Allard ; label également soigné, à l’esthétique
intransigeante et épurée et aux lignes directrices encore informelles.
Dorodine, ou la résurgence contemporaine d’Heidi Rec (label Cdr),
renaissance portant en elle, la saveur de l’œuvre en train de se
faire, la fougue de l’œuvre restant à accomplir et un peu de spontanéité,
aussi. L’une des qualités de son approche, c’est de laisser entrevoir,
au-delà de l’opaque vélum cotonneux de saturations et de grésillements,
une fine, presque dissimulée esquisse de mélodie... Une évocation
sonore des photos de Nan Goldin ; assemblage déstructuré de formes,
de lumières et d’ombres, à la fois violentes parce qu’âpres et dans
le même temps douces, car volées subrepticement… la fugitive beauté
du mouvement. Dans cette quête sonore, c’est toute la sensibilité
d’une humanité qui s’exprime, sa part de prestige, d’obscurité et
de désir, d’humour également... Un obscur objet de désir calé
entre Bruce Gilbert, Pan Sonic et Wendy Carlos...
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L’art
au secours de la guerre, la musique au secours de la compréhension
des conflits: voilà en deux mots résumés la proposition de Metaxu,
duo italien basé à Rome, composé de Filippo Paolini et de Maurizio
Martisciello. Un condensé de court-circuits historique fondé sur
les vertus de l’échantillonnage, de contorsions de scratch et d’une
dimension artisanale auréolée d’un savoir-faire lo-fi de bonne augure.
Pas de guerre sans victimes, ni de destruction sans scories. De
ces déchets sans relations, le duo s’accorde à reconstruire un univers.
De cet amas de pertes, ils recomposent, ils rétablissent sans apologie,
ni dénonciation gratuite ; les deux musiciens "s’amusent" avec sérieux
et délivrent, avec une impartialité relative ce matériau sonore.
L’approche, quant à elle exerce un point de tension entre des climats
d’ambiants environnementales habitées d’un microcosme actif (Saigon/Hiroshima)
et d’autre part de moments de superbes liturgies dignes d’un Ligeti
ou d’un Arvo Part (Pearl Harbour) ou des ambiances proches de Column
One (90 % wasser). L’éclectisme d’un Moondog des temps modernes
qui rêverait la synthèse de Penumbra, d’Olivier Messian et de Francisco
Lopez. Très Bon !!
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XIU XIU knife play (Tomlab/La Baleine)
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Don
diasco, en guise d’appât, vampirise en l’espace de 3 mesures toute
l’attention environnante. Rien d’étonnant si l’on considère la vertigineuse
construction des rythmes, la voix haut perchée de Jamie Stewart,
qui hésite entre hurlements châtrés à la Robert Smith et éraillements
incontrôlés qui prédisposent ce Jeu de couteau à un joyeux bain
de sang malgré des arrangements savants et chaleureux, jazzy, et
autres scories mélodiques originales et provocantes. C’est dans
la culture anglaise de ce début de Eighties que Xiu Xiu puise sa
force vitale, son essence mirifique; la texture de 4 AD, et de
Bowie est assez présente alors même que la voix de Stewart évoque
tour à tour celle de Robert Smith ou du chanteur de Da Capo. On
traverse des paysages de raffinerie en cessation d’activité, de
terrils à l’abandon, de plafonds nuageux bas et ombreux ; Pourtant,
au milieu de ce marasme social et humain, percent des rayons de
lumière, illuminations de l’esprit, souffles de la création.
Une pop au vitriole, élevée dans les quartiers sombres des banlieues
anglaises, un folk querelleur du sérail, où la fébrilité semble
gainée d’une violence et d’une tristesse à peine contenues. Un grand
moment de bonheur et d’incertitude.
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NOVEL 23 Architectural effects (Bip-hop/La
Baleine)
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A
la manière de nombre de ses compatriotes, Belousov perpétue le lègue
de ses ancêtres, un atavisme culturel et intellectuel, où se prolongent
les recherches graphiques entamées par Rodchenko, Maïakovski ou
Djega Vertov et plus proches d’eux Eu, voire Monolake. Un clin
d’œil appuyé au suprématisme et aux vagues surréalistes qui s’y
sont succédées et une révérence à l’iconographie propagandiste du
début de siècle dernier.
On avait découvert le jeune homme (Roman Belousov) à l’occasion
des Séries de Bip-hop, on savait également qu’il avait égrainé ses
précédentes productions au fil de labels défricheurs, Art-Tek, Pitchcadet
ou Shaped Harmonics Les perspectives musicales ici discutées ont
la sapidité désuète des titres EBM du début des années Thatcher ;
une musique en mutation, aux confluents des genres ; proto électronique ;
musique post industrielle, no wave. Avec une atmosphère emprunte
de romantisme et d’expérimentations tout azimut., A ce titre Novel
23 se fait le porte flambeau d’une certaine idée de la musique défendue
par "OMD" ou Nitzer Ebb. Loin de toute rigidité, de toute forme
de raideur du rythme, les constructions mélodiques diffusent leur
engourdissement. La trame de sons ondulants et oscillatoires, prétexte
à un certain apaisement insinue ses bien-faits dans notre organisme.
L’ambiance établie une idée de confinement et de chaleur, malgré
ce que semble nous suggérer un bandeau intérieur ou "l’architecture
est une musique glaciale" ; Ambiance qui rapproche définitivement
Novel 23 des premières productions du label Morr Music et plus généralement
des productions d’électronica minimalistes et naïves.
Quelque chose comme la genèse de ce mouvement. Très agréable.
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ERIK FRIEDLANDER Maldoror (Brassland
/ Southern / Chronowax)
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Lautréamont,
qu’on ait lu ou non ses écrits est un auteur dont l’image est à
ce point intense qu’elle se suffit à elle-même, imposant une esthétique,
véhiculant un flot d’impressions et de perceptions représentatives
de l’ambiance de son époque et de son œuvre : surréalisme, noirceur,
violence intérieure, opacité des sentiments. Lautréamont, mort à
24 ans, en 1870 n’aura jamais connu le jazz, ni même la musique
improvisée ; Erik Friedlander, quant à lui, n’a pas lu Lautréamont
et encore moins connu son époque… Pourtant, à la faveur d’un clin
d’œil de l’histoire cette rencontre unique va se produire, fruit
d’une lecture unique et directe de poèmes choisis, dans une démarche
pareille à de l’écriture automatique, où le musicien laisse à son
archet et son instrument (le violoncelle) le soin de prolonger les
maillages inconscients de ses interprétations de textes. Un album
solo audacieux, dans un registre pas des plus évidents, mais où
les puissants contrastes des écrits et la violence intrinsèque des
mots servent nécessairement l’ambitieuse mise en musique du texte.
Erik Friedlander affilié à la scène New-Yorkaise du jazz au côté
de John Zorn ou Cibbo Matto, a évolué dès son plus jeune âge dans
les limbes de ce genre, grâce à son père Lee Friedlander qui, à
défaut d’écrire quelques pages du jazz contemporain, aura laissé
quelques clichés somptueux, depuis les pochettes d’albums de Ray
Charles à Coltrane en passant par Mingus. Une synthèse d’histoire,
de mots et d’images que l’on discerne dans la culture de son fils.
Un album solo audacieux qui nous plonge dans la violence des sonorités
et des attaques et qui raisonne avec les mots du poète, pour un
album psychotrope et inventif, bien plus puissant que la réalité.
Un album solo, qui intronise 50 ans après les balbutiements du free-jazz
le violoncelle à sa juste mesure. Très bon.
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DICKY BIRD Indéfendable (XTT records/Southern)
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Dicky
Bird exprime forcément, bien davantage dans les non-dits de
sa carrière et de ses expériences que par le seul fait de sa musique,
toute l’effervescence d’une époque, la ferveur d’une passion (inconsidérée)
pour la musique. Issu d’une scène française où émo-noise / power
Pop / Hardcore cohabitaient et faisaient battre la mesure de la
jeunesse d’alors, au côté de Drive Blind, des Portobello Bones,
de Condense, des Skippies, de Bastard ou de Hint et tant d’autres…
les revoilà sur le devant de la scène. Un retour faisant suite à
4 ans d’absence, quatre années séparant The Fourth (5 titres) de
cet indéfendable qui pour évacuer rapidement la "belle" anecdote
a été enregistré par les soins de Steve Albini (Shellac), à Chicago
et masterisé à Londres Par John Lacer au studio Abbey Road, non
par amour des 4 de Liverpool, mais par soucis d’offrir la meilleur
restitution de leur travail. Indéfendable est sur la forme et le
fond, leur album le plus intense : la consicion métronomique et
spartiate d’Albini ; cette radicalité et cette épure rythmique collent
parfaitement au sentiment d’urgence et d’évidence qu’inspirent leur
musique. Le fond, par ailleurs, avec des textes où l’intimité portée
par une expérience douloureuse vient s’appareiller à la musique,
lui infliger une densité palpable, une gravité salutaire, une forme
de catharsis, en fait. Par un effet heureux d’entropie, on chemine
dans les limites sombres et poétiques, vivantes et percussives de
cet album. Des sensations en apparence contradictoires mais qui
pourtant stigmatisent la nature profonde de ce trio.
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SANTA CRUZ Welcome to the red barn (Hasta luego / La
grange à disques) |
Il
est des mystères dont "l’insondabilité" laisse perplexe !! Ainsi
ce qui pour la plus large part des américains évoque l’inconfort,
la paysannerie, l’austérité, le nationalisme grégaire et une certaine
idée d’un retour en arrière; à savoir les grands espaces de l’Ouest
américain, leur pont couvert de bois peint en rouge et accessoirement
leurs habitants, fait de ce côté ci de l’Atlantique fantasmer une
large frange de la jeunesse européenne qui y voit une forme de retour
aux sources, une "Thoreau-isation" de leur mode de vie, plus pure
et plus sauvage, plus proche de la nature et de l’isolement, éléments
propices à l’introspection...
Santa Cruz a dans ses gibecières les mêmes rêves d’élévation,
les mêmes espoirs nourris d’espaces infinis, ces mêmes vides à combler
que des Nicolas Dunger, des Will Holdham ou d’autres chantres de
cette néo-country à peine esthétisée. Pourtant, le cynisme et la
distance leur permettent de prendre la mesure d’un rêve de prospérité
et de tranquillité qui n’en est plus un. On traverse ici l’Amérique
nuancée de Tom Shepard, de Rick Bass plus que celle éteinte de Jim
Harrisson.
Un album brillant, lumineux, apaisant et enivrant, même si on finit
par s’interroger sur la capacité de ce style à éviter la reproduction
coutumière de schémas établis et d’archétypes de sensations (isolationnisme,
quiétude, morosité…). Une symphonie pastorale et domestique. www.lagrangeadisques.com
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PW LONG Remenbered (Touch & Go / Southern / Chronowax)
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Rares
sont ceux à avoir échappé en leur temps à l’irradiante beauté obscure
du blues incandescent de Mule, néo-country blues hallucinée et jouée
fort, à pleine puissance.. A ce groupe et dans une moindre mesure
à Reelfoot (Side-project) est associé à jamais le nom de PWLONG,
jeune homme vieillissant à la barbe grise-salée et au chapeau visé,
dont la voix voyage encore dans nos tympans malgré le temps et l’absence.
6 années d’attente pour qu’enfin, le timbre revêche et éraillé de
sa voix, parfaite correspondance de sa musique, résonne à nouveau.
Remenbered, au demeurant, est davantage une évolution annoncée de
Reelfoot que de Mule, tant sur le fond, l’écriture et la structure
des morceaux que sur son approche scénique.
Une réminiscence de blues, évanescence gutturale du gospel, de crissement
sale de musique afro-américaine, d’innovation de rock furieux, qui
nous rappelle, pour mémoire, l’apport de cet artiste aux vagues
successives du genre (Jon Spencer et consort). A ceux pour qui la
nostalgie n’est pas un vain mot.
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DO MAKE SAY THINK Winter hymn Country hymn Secret Hymn (Constellation/Chronowax) |
Décomposé
comme une trilogie en cd ou un triptyque sur sa version vinyle,
c’est selon ; c’est bien ainsi que doit être abordé cet album,
à l’aune des environnements variés, et pourtant cohérents qui maillent
la nouvelle production de ce collectif, à la façon des saisons naissantes
et s’étiolant dans un délicat dégradé de nuances. Plus gourmand
de constructions et de densité que GSYBE, moins porté par l’abstraction
et l’expérimentation concrète acoustique de SET FIRE TO FLAMES,
C’est bien dans le rythme et la construction (progressive) que s’inscrit
leur créneau.
Un album qui va crescendo, entamé par une ballade introspective
et délicate dédiée à une femme, pour finir dans une incantation
festive et explosive (Hooray, Hooray, Hooray) Une lente progression,
où l’on prend un plaisir intense à croiser des réminiscences country,
des sections cuivrées de salles enfumées, pénombre de jazz, et absolue
sérénité de climats folk pastoraux. WCHSH est un chant désespéré
du grand Nord, recelant la douce fébrilité d’une nuée de flocons
neigeux en descente, autant que l’impénétrable gravité d’un paysage,
maculé d’un linceul blanc, "chaleureux" et enveloppant.
Ce prolongement de leur parcours, s’il soulève moins d’émois dans
la communauté musicale (qui ne saurait être sujet au mode, cela
va s’en dire) ne contient pas moins quelques-unes des plus belles
évocations de leur évolution et de cette année naissante.
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On
savait la nature féminine instable, virulente (notamment en période
de soldes), en proie aux angoisses les plus inavouables (quelles
robes porter ?) et autres tergiversations moins honorables... pourtant,
pourtant, Chica & the folder semble prompt à tailler nos clichés
en pièces...
Chica & the Folder est un duo composé de Paula Schopf et de Max
Loderbauer ; c’est leur première contribution au label Berlinois
Monika Enterprise sur lequel on a vu passé par le passé Komëit,
Contriva, Barbara Morgenstern, Figurine ou encore Quarks. Une contribution
qui prend assise au Chili, une musique électronique naïve et colorée
flirtant avec des sonorités datées (OMD) et sucrées Les vocaux assurés
à tour de rôle par Chica Paula et Jorge Gonzalez n’ont d’exotiques
que les noms... Chica and the folder investit le chili, terre d’adoption
des chanteurs d’une EBM aux effluves instrumentales et ambiante
néo new age (Ultimas palabras). On pense aussi à Figurine avec cette
forte imprécation pop dominante avec des petites prédispositions
à l’expérimentation.
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CLEAR HORIZON s/t (Kranky / Southern / Chronowax)
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Fable
contemporaine, Clear Horizon est le fruit d’une relation non consommée
d’un côté et l’autre de l’Atlantique ; amour par procuration d’échanges
constants et ouverts, riches, curieux entre Jessica Bailliff et
David Pearce. 2 noms qui résonnent de leurs syllabes au panthéon
des artistes du label de Chicago. Une insertion dans l’univers nébuleux
d’une pop blanche, saturée d’humidité, prompte à altérer les capteurs
et liaisons électriques, de féconder dans cet état de décomposition
un florilège de grésillements, de stratifications abrasives de guitares.
Sur une durée de 24 mois, les deux musiciens, prenant la mesure
du temps et d’eux mêmes auront rédigé ce traité pour la brume, le
paraphant d’un Clear Horizon. Un album qui aura virtuellement survolé
plus de kilomètres et de temps qu’aucun autre disque. Une approche
qui tour à tour lie les formulations et aspérités privilégiées de
chaque intervenant ; la touche féminine portée par les vocaux
doux et les fêlures de l’âme de Jessica ; le caractère spécial
et fluctuant de David s’exprimant au détour de cette folk aveugle
et anémiée ; deux univers qui au fil de l’album viennent doucement
se fondre l’un à l’autre laissant chaque monde s’interpénétrer l’un
à l’autre ; les fondements acoustiques, triptyques principalement
vocaux, agrémentés d’arpèges brumeux de guitares et de portées de
piano, imposent leurs trames narratives, appuyées plus que perturbées
par des sources interférentes (percussions/ capteurs) Le résultat
est une bouleversante contribution, une forme de progression sous-neigeuse,
où les victimes d’une avalanche, dénuées de tout repères, chercheraient
une échappatoire, une sortie vers la lumière. Toujours est-il que
cet album ne provoquera en vous ni traumatisme ni calvaire….
Tout juste une belle aventure surexposée à s’en brûler les pupilles,
à s’engourdir les tympans. Ou la rencontre impromptue de Hope Sandoval
et de Dissolve…
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TELEFON TEL AVIV Map of what is Effortless (Hefty / Chronowax)
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Telefon
Tel Aviv, sans l’appui de batteries d’anti-missiles avait su faire
trembler nos pous et nos tempes plus que de raison à la seule faveur
d’un premier album dont on ne sait réellement s’il accordait ses
faveurs à l’électronica pour justifier la démarche pop ou l’inverse.
Une musique généreuse et racée, en tous les cas. Un duo dont la
musique s’accorde parfaitement, sans tirer de jugement hâtif, avec
l’air du temps, tirant de conflits et de ruptures ouvertes (modernité
/ tradition) (solitude / Surpeuplement) (Pollution / Pureté) des
splendides programmes de réflexions, points d’ancrages à une musique
luxuriante d’effets et contemporaine. Ancré dans les sphères de
l’électronica, lieux fréquentés des artistes de CCO, Vform ou Morr,
ce nouvel album égraine un peu plus vers l’extérieure, installant
ici des voix féminines, posant là quelques arpèges de violons,
laissant ouverte une gamme de possibles… lyrique et envoûtant !
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Ms JOHN SODA While Talking (Morr
/ La Baleine)
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Micha
Acher & Stephanie Böhm ont malgré leur timidité et leur humilité
allégrement fait parler d’eux, il y a un peu plus d’un an à l’occasion
d’un No P.or d magistral, synthèse parfaite de rock aux embruns
garages, de pop ultra mélodique, d’électronique fluette et vive
et de la voix belle et faussement traînante de Stefanie Böhm. En
toute sincérité, peu pensaient réalisable, probable un second opus
d’une qualité équivalente. L’affection contenue de la Pop, la hargne
fulgurante du rock, le caractère opaque de la noisy et autres petites
rixes de photons électroniques. No one anéantit en moins de 4 minutes
toutes nos angoisses…un pur moment de grâce et d’énergie qui déroule
le tapis rouge pour les compositions à venir. On trouve chez "While
Talking" des signes distinctifs et des signes familiers. Un sentiment
d’urgence plus marqué, plus d’énergie à l’œuvre, comme le sous-entend
cette main tendue, écho hitchcockien d’un mal-être (bien-être) indicible.
Stefanie Böhm joue beaucoup plus de son timbre, créant des situations
rythmiques intéressantes, comme sur ce I’ qui voit se croiser
Goldfrapp, the Rachel’s et une ébauche de scratch vivifiants. Un
entremêlement de désir, de volonté et de doutes, de certitudes et
d’égarement, de questionnements existentiels, de principes fondateurs
d’un humanisme qui se cherche et qui compose pourtant avec beaucoup
d’intelligence et de beauté. Toujours aussi Bon, Toujours aussi
court !!
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Phrênésie #2 a space of language experimentation V/a (Fibbr/Vert
pituite labelle)
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Fibbr
record s’attache, au détour de cette 5e production à développer
une réflexion entamée au sein de la revue Phrenesie #2 sur
les accointances, les points d’ancrage et de dissociations avérées
ou supposés entre langage verbal et musical. En cela, Phrenesie
prolonge une analyse issue d’une pratique vieille d’un siècle, théorisée
par Biely et les Futuristes italiens, mis en pratique par Schwitters,
parmi tant d’autres.
Un long cheminement entrelaçant réflexions sur les codes du langage,
la diffusion des sonorités dans l’air, l’exploration de la matière
même du langage : syllabes, syntaxe, borborygmes, phonèmes etc...
Un parcours encombré d’artistes brillants, de projets étonnants,
d’idées sulfureuses, composant malgré eux d’un vaste puzzle au dessein
poétique et expérimental en évolution constante.
Des noms ? D’Arcand à Jaap Blonk, de Bernard Heidsieck à Chopin,
d’Artaud à julien Blaine , Serge Pey, etc. Pourtant, la revue Phrenesie
et le label Fibrr, à l’encontre d’autres revues comme Erratum s’impose
d’étudier par le petit bout de la lorgnette musicale sa recherche.
Des interrogations qui débutent avec l’excellent travail à mi-chemin
du spoken words, du cut-up, du cadavre exquis et de l’expérimentation.
C’est l’interview d’un Tilbury passionné de Beckett, qui offre le
substrat à la création, les puissantes nappes sonores en retrait
n’étant que les bruits "amplifiés" de la bande son. (Un schéma pas
trop éloigné du " respirations et brèves rencontres" de Heidsieck).
On pense aux travaux visuels et sonores de l’artiste Eddy D. Puis
John Tilbury. Comme une heureuse mise en abîme, la voix chaude et
apaisée de John Tilbury revient nous emporter, sans addition ni
effet, loin au pays de Beckett …un spoken Word qui met en exergue
la réflexion intense et profonde de Tilbury sur la transmission
du texte en langage, son interprétation, sa transformation en matière
sonore. Brandon Labelle clos ce disque avec une modulation et un
brouillage d’ondes sur la boucle d’un "three hundred sixtie five
is a significate number" qui au cours de ses manipulations successives
transforme la portée de cette courte phrase, en modifiant l’aspect
émotionnel. C’est évidemment très répétitif, mais c’est divertissant
dans le même temps. Une nouvelle expérience intense et réfléchie
pour le label Fibrr.
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EINOMA Milli Tonverka (V
Form/La Baleine) |
Bjani
Pör Gunnarsson & Steindor Giétar Kristinsson, tous deux membres
d’Einöma, composent ici une rigide et impartiale post-face à la
musique néo-industrielle / environnementale. Des sons qui au départ
ont un caractère proprement mécanique, "machinesque", et qui, pesamment,
se convertissent en des climats beaucoup plus spectraux, détachés
de toute pesanteur. De très belles ondes digitales évoluent au fil
de cet album (Eindir, Oldugangur), permettant de réchauffer quelque
peu l’atmosphère glaciale.
La rythmique emprunte volontiers à Aphex Twin et les 2 protagonistes
ont l’air un peu perdus dans la quête qu’ils se sont fixé. Le caractère
monochrome de la pochette (une sorte d’essai Vassarelien), la dureté
de certains rythmes et le caractère déshumanisé des compositions
refrènent notre appétit à en savoir plus sur leur univers. Un album
intéressant, pour une raideur et une froideur assez inaccoutumée
chez VForm.
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J’essaie
de montrer ce qui précède l’œuvre-la confusion, le désordre de l’atelier,
les outils les gestes- l’œuvre elle-même est invisible, elle n’est
que dans l’esprit de l’artiste et lui-même souvent ne sait pas comment
ça va se terminer.
Voici en quelques mots résumés de quoi traite l’œuvre de Bruno Descout ;
une excursion curieuse et passionnée dans le confidentiel et impénétrable
univers de l’atelier d’artiste, sanctuaire entre tous d’une création
en train de se faire. Au fil de ce livre-photographique, on suit
une ingérence sensible, une immixtion délicate, une intrusion douce
dans l’antre du sculpteur-Peintre Jean-Pierre Valette (qui a réalisé
récemment de superbes objets pour le label L’oreille électronique).
La qualité et le regard juste du photographe soulignent ici à merveille
les assemblages d’aciers filiformes et oblongs de l’artiste ; prolongement
figé d’un travail en mouvement ; Quelques textes de Gérard Laplace
(l’atelier / le contrat) viennent ponctuer l’ouvrage, émaillé par
ailleurs d’illustrations de l’artiste, forme modeste d’enluminure
à ce très bel ouvrage.
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J XAVERRE These a acid stars (Menphis industry / La Baleine)
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Alors
que l’artiste m’était encore inconnu l’avant veille, le jeu confus
des probabilités et l’archange diabolique du hasard me font découvrir
successivement J Xaverre sur la compile Moshi - moshi, puis à la
diligente faveur de ce nouvel album paru sur Menphis Industries.
Quel en est le propos ? Une succession de ballades pop Anglaises
investies, d’une facture ludique et assez classique, presque terrienne.
Une approche assez comparable en fait à celle de Beulah du père
Kurosky voire quelquefois Oboken (l’emploi des violons) Pourtant, J
Xaverre, sans renier la terre et le sol qui portent le poids de
son corps, semble aimanté par le ciel étoilé et le firmament.
Un enivrement qui se découvre au fil de ses ballades, absorbées
tout entières d’obscurité et de voix lactée, emprunte du sentiment
d’insignifiance de l’humanité au regard de l’univers. Des chansons
douces, sucrées où des voix de jeunes filles françaises viennent
accompagner des mélodies qui, comme Nilsong, dévoilent aussi une
belle gravité de composition. La compassion et la bonté qui se dégagent
de ses 12 travaux trouvent ici un beau prétexte à notre attention.
A découvrir.
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